Les histoires racontées existent depuis que l’homme est en mesure de s’exprimer. Que ça soit par les dessins dans les cavernes, puis par les symboles dans l’Egypte ancienne que par après avec les multiples alphabets et jusqu’à ce jour, l’être humain a toujours eu, et a toujours, quelque chose à raconter ou à expliquer.
La littérature était d’abord bien plus destinée à éduquer la population, comme par exemple avec la grande époque des encyclopédies de “Diderot et d’Alembert” dans le courant du 18ème siècle. Puis, la démocratisation de l’imprimerie a permis à différents auteurs de voir le jour en sortant les premiers romans, des livres racontant des histoires, un genre littéraire destiné à la distraction de chacun.
Les livres étaient relativement onéreux pour la population qui n’était pas issue des castes bourgeoises. C’est pourquoi, la lecture se faisait principalement par le biais des journaux à parution quotidienne. C’est dans ces mêmes journaux que les bandes dessinées virent plus tard le jour. Cependant, la révolution industrielle et plus particulièrement le début des productions à grande échelle permirent une réduction des coûts de production des livre et, par conséquent une diminution du prix de vente, rendant la lecture plus abordable financièrement pour Monsieur et Madame tout le monde. C’est ainsi que la littérature est sortie de son carcan élitiste pour une ouverture vers le monde et disponible pour toutes les classes. Les premiers romans, comme par exemple les histoires de “Jules Verne”, permettaient aux personnes de s’évader par la lecture, car oui les voyages n’étaient pas monnaie courante et il n’était pas si aisé que cela de pouvoir se déplacer.
Toutefois, cette même période marqua une forte expansion du réseau ferroviaire, amenant petit à petit les personnes à se déplacer ailleurs, comme par exemple de la province à la ville. Il faut toutefois remettre les choses en perspective, à savoir que les voyages par le rail n’étaient pas aussi rapides que ce que l’on connaît actuellement. À titre de comparaison, un trajet Paris-Lyon en 1870 prenait environ 9h15 alors qu’actuellement nous sommes sur une durée de 2h15. Sachant que les distractions étaient peu présentes à l’époque, le livre fut rapidement une solution pour passer agréablement le temps durant une expédition ferroviaire.
Il est à noter que l’éditeur Hachette a obtenu au milieu du 19ème siècle l’exclusivité des points de vente dans les gares du réseau français, permettant ainsi aux kiosques de gares de voir le jour. À la fin du 19ème siècle, il comptabilisait près de 1200 points de ventes dans les gares à travers le pays. Cette institution vieille de près de 200 ans est bien toujours en vigueur, si ce n’est que les kiosques se sont étoffés au fil des années avec d’autres prestations permettant de combler les besoins des voyageurs et diversifier leurs revenus. Les romans qui y étaient vendus se devaient d’être distrayants pour le voyageur, lui permettant de s’évader calmement durant ses heures de voyage dans un wagon parfois peu confortable. Nos biens aimés romans de gare se devaient d’être des histoires facilement abordables, à la trame peu complexe et à un nombre de pages adéquat pour qu’il dure juste ce qu’il faut du trajet. C’est ainsi que beaucoup de petits auteurs se virent attribuer une place sur les étales de la grande distribution.
Mais l’optimisation des durées de trajets couplées avec les avancées technologiques ont sonné partiellement le glas des romans de gare comme nous les connaissons et avec un but finalement bien différent. En effet, les voyageurs du 21ème siècle font des trajets de plus courte durée et sont plus facilement équipés de leur smartphone, leur tablette ou comme moi d’une liseuse électronique. Qu’il s’agisse de littérature technique, scolaire, de divertissement ou d’un roman de gare, tant en forme papier ou numérique, rien n’arrêtera le pendulaire qui veut toujours de la lecture avec lui.
Mais n’oublions pas qu’un bon vieux roman de gare, en version imprimée un peu “au rabais”, pourra sauver une expédition ferroviaire quand tous les appareils électroniques du voyageur n’auront plus de batterie, et ce dans un train malheureusement en panne en rase campagne. Et n’oublions pas le charme désuet de tourner les pages fraîchement imprimées en buvant un café dans une gare ou sur le quai en attendant un train résolument en retard.
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Thot Blackwood, chroniqueur littéraire et pop culture

